Le pouvoir exécutif se caractérise par la collégialité.
Il y a 5 membres plus les ministres dans le Directoire nommés par le pouvoir législatif.
Il est renouvelé par 1/5 tous les ans par tirage. Certains directeurs vont rester un certain temps directeur, alors que d'autres ne le seront très brièvement
La séparation des pouvoirs
C'est une séparation stricte des pouvoirs tant au niveau du statut que des fonctions. Les directeurs ne peuvent être choisis parmi les députés.
La constitution interdit aux députés et aux directeurs de se rencontrer, ils doivent communiquer par messages.
L'exécutif ne participe pas au législatif, le corps législatif ne peut pas agir contre le Directoire, sauf une responsabilité pénale mais elle est dure à mettre en cause.
La responsabilité pénale, en dehors Louis XVI, est quelque chose de systématique dans toutes les constitutions, il faut attendre 1875 pour voir une responsabilité politique.
En dehors de la diplomatie et de la guerre, il y a vraiment séparation des fonctions.
Pour la guerre, ce sont les directeurs qui proposent et le corps législatif la déclare. Pour la diplomatie, les Directeurs négocient, les conseils ratifient.
Ce qui est nouveau c'est la naissance en 1795 d'un pouvoir réglementaire assez large, les Directeurs disposent du pouvoir d'adopter des actes dans des matières bien précises.
Par exemple en matière militaire, ou en matière d'administration publique.
La procédure de révision constitutionnelle est très rigide, les constituants ont eu la volonté de bloquer les possibilités de révision.
Plus une constitution est verrouillée moins elle dure et vice versa.
Les réformes de 1795 à 1799
La réforme administrative est conservée mais il y a des éléments modifiés dans le sens d'une plus grande centralisation et d'une surveillance hiérarchique plus intense. Les districts sont supprimés et sont remplacés par des municipalités de canton. Elles se rapprochent de nos communautés de communes.
L'administration des départements est remplacée par une administration centrale composée de 5 membres. A côté un commissaire du directoire nommée par le directoire, l'exécutif nomme donc un commissaire auprès des administrations locales, il va être l'œil du pouvoir sur place.
Très largement ce régime prépare le terrain de Bonaparte.
Les réformes judiciaires ; la justice d'exception est supprimée, on revient à une justice fondée sur le XVIIIème siècle. On va vers des économies, il n'y a plus qu'un tribunal civil par département. On éloigne le juge. Dans la pratique, l'exécutif va intervenir de plus en plus directement dans le judicaire par la nomination des magistrats du parquet.
Système des destitutions, les magistrats et les juges sont toujours élus par les citoyens mais on va le contourner. Les citoyens élisent les juges, le Directoire casse l'élection pour n'importe quel prétexte et nomme des juges en attendant de prochaines élections. Le principe des élections est maintenu mais vidé de ses conséquences.
Cela aussi prépare le terrain à Bonaparte.
La politique religieuse
La constitution civile du clergé a été abolie, la convention thermidorienne a déclaré la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les prêtres ne sont plus des fonctionnaires. On reconnait la liberté des cultes et l'usage libre des Eglises.
Le clergé va profiter de cette politique de liberté pour tenir un discours contre révolutionnaire. La religion catholique redevient une menace politique. Le directoire va renouer avec une politique de déchristianisation avec en 1798 l'arrestation du pape Pie VI, sur ordre du directoire, il est « tué ».
Ces réformes annoncent largement le régime napoléonien ; centralisation et politique de nominations.
La vie politique sous le Directoire : l'instabilité.
Ce qui caractérise ce régime c'est la volonté d'ordre, de stabilité, de terminer la Révolution. Il n'est ni à droite ni à gauche.
Il n'a plus le peuple comme point d'appui, ni la droite monarchiste.
L'armée est le point d'appui, malgré les élections.
Le premier renouvellement a lieu en l'an IV. Un tiers est hostile aux thermidoriens.
Au second renouvellement il y a une poussée royaliste (11/216 thermidoriens réélus).
Les royalistes ont la majorité, ils vont tenter un coup d'Etat avec l'aide des anglais. Les directeurs appellent Bonaparte à l'aide. Un lieutenant de Bonaparte se charge de restaurer l'ordre ; 188 élections sont cassées.
D'une part on voit que les thermidoriens sont prêts à tout pour garder le pouvoir. Bonaparte depuis l'Italie est un « électron libre » qui connaît son importance au sein du régime. En octobre 1797, Bonaparte signe avec l'Autriche un traité de paix qui met fin à la guerre. Bonaparte n'informe le gouvernement qu'après la signature.
Troisième renouvellement ; poussée à gauche jacobine. Le coup de force a lieu contre la gauche accusée de vouloir renverser le régime. Pas par l'armée, par une pratique l'égale mais pas légitime.
Quatrième renouvellement en 1799 ; la France doit de nouveau faire face à une large coalition européenne à la suite de la campagne égyptienne désastreuse de Bonaparte. La coalition contient la Russie, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche et la l'Empire Ottoman. C'est une alliance contre-nature pour lutter contre les français. Ce dernier renouvellement donne de nouveau la victoire à la gauche sur le thème du Salut public.
Entrée au Directoire de Sieyès qui ne cache pas sa volonté de réformer la constitution, mais la constitution n'est révisable, il songe à un coup d'Etat.
De juin à août 1799, les Conseils et le Directoire mènent une politique de Salut public.
Sieyès prépare sa nouvelle constitution et « cherche une épée ». L'épée sera Bonaparte. Au départ Sieyès se méfie, Bonaparte est aventurier et très populaire, il sera dur à contrôler.
La popularité de Bonaparte a été construite par lui-même depuis sa campagne, presqu'à son compte, d'Italie. Il également tenu la tête aux anglais, c'est un héro, c'est un géni.
Sieyès et Bonaparte monte leur coup avec trois Directeurs (Roger-Duco, Barra), le Président du Conseil des 500 ; Lucien Bonaparte et deux ministres ; Fouchet et Talleyrand.
Le 8 novembre 1799 (18 Brumaire) le Directoire évoque un complot anarchiste et il propose de déménager à St Cloud, dans le même temps Bonaparte est nommé commandant de Paris.
Les trois directeurs précités démissionnent ; il n'y a plus d'exécutif.
Le 19 Brumaire Bonaparte se présente devant les 500 et propose une révision de la constitution, ceux-ci la lui refusent.
Après une bagarre, les conseillers fuient devant la garde de Napoléon.
Napoléon et Sieyès constatant la vacance du gouvernement « commission consulaire exécutif » plus quelques députés qui vont rajouter une certaine légitimité.
Pour la première fois, il y a eu changement de régime sans le peuple, Paris n'a pas bougée.
Pourtant le 18 brumaire termine la Révolution.
On va constater que pour une bonne partie de la population la stabilité politique est de plus en plus recherchée, et Bonaparte incarne l'idée de la stabilité.
DEUXIEME PARTIE
LE REGIME NAPOLEONNIEN 1799 1814
Après ces dix années de Révolution les français en majorité aspirent au repos. Ils sont prêts à accepter un pouvoir autoritaire en contre partie de l'ordre.
Bonaparte incarne quelque chose de nouveau, la gloire, le prestige, la grandeur de la France.
Le Roi de France incarnait ce rôle. Bonaparte est à la fois un homme de la Révolution mais tout en puisant dans l'Ancien Régime ces caractères psychologiques qui vont lui permettre de caresser le peuple.
Qui est la majorité ?
La société a évolué pendant ces dix années ; la bourgeoisie entend jouir des principes de 1789, mais la période n'a pas été trop favorable aux affaires. Mais à côtés de la bourgeoisie, il y a une évolution considérable dans la paysannerie, par la vente des biens nationaux. Beaucoup de petits paysans ont accédé à la propriété. La mentalité politique a évolué ; ils ne veulent plus entendre parler de la gauche (la Terreur, ou l'extrême gauche « pré communiste »).
La majorité est donc devenu conservatrice des valeurs de 1789, d'un ordre social fondé sur la propriété. De ce point de vue là, Bonaparte est l'homme providentiel.
La France va ainsi confier ses intérêts à un homme autoritaire, républicain qui va vite évoluer dans un sens monarchique.
Les principes de 1789 sont confirmés, le suffrage universel est rétabli, Bonaparte va mettre en place un pouvoir personnel ; « césarisme démocratique ».
La construction du pouvoir personnel
La grande force de Bonaparte est de savoir tirer profit des expériences précédentes.
Reconstruction d'un Etat puissant, contrôlé par un seul homme.
La revanche de l'exécutif
Bonaparte va constamment se présenter comme l'héritier de la Révolution, « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qu'ils l'ont commencé, elle est finie. »
Héritage de 1789, plus construction d'un Etat autoritaire.
Une constitution est établie très rapidement, Sieyès l'a déjà dans la poche, Bonaparte l'aménage, elle établit le régime du Consulat.
A la tête du régime ; le Premier consul, bien sûr c'est Bonaparte.
En l'an 8 il est nommé pour 10 ans, mais dès 1802 il est nommé Consul à vie mais en 1804 il devient Napoléon 1er empereur.
Le mot exécutif est banni du vocabulaire Napoléonien, car exécuter c'est être subordonné au décideur. La constitution de l'an 8 n'utilise pas ce mot, elle utilise le mot gouvernement.
La constitution de l'An 8. 22 frimaire 13 décembre 1789.
Pour la première fois ce sont deux individus seuls qui rédigent la constitution, dans son élaboration elle est autoritaire.
Bonaparte la voulait courte et obscure, c'est-à-dire incomplète. Par exemple rien n'est dit pour la procédure de révision. Elle s'adapte aux circonstances.
Bonaparte a souhaité que cette constitution soit ratifiée par le peuple, pour une question de légitimité. Les deux constitutions précédentes ont été ratifiées par le peuple. (Bonaparte dit à son frère ; « je veux que les résultats soient meilleurs que ceux de l'an III. »)
La constitution, en fait, est mise en application avant les résultats du référendum, qui ont totalement été truqués. (3 000 000 oui, 1050 non, pas mal pour 1 000 000 millions d'électeurs…)
Le référendum est en fait un plébiscite ; le nom de Bonaparte figure dans la constitution.
Madame de Staël (fille de Necker) : en demandant en gens de la rue ce qu'il y a dans la constitution : « il y a Bonaparte ! ». Les gens votent pour le personnage et se moquent des institutions.
- Le sort des principes de 1789.
Toutes les références philosophiques disparaissent, il est seulement dit que la constitution est fondée sur les droits sacrés de la propriété, de l'égalité et de la liberté.
On renvoi aux principes de 1789 mais de manière totalement implicite. C'est du pragmatisme.
En ce qui concerne la propriété, elle est l'assise du régime, il s'agit de fonder le gouvernement sur les propriétaires, c'est la bourgeoisie, les nobles, les paysans propriétaires.
L'égalité en droit est confirmée comme le précise le Code civil mais rétablissement de l'esclavage abolit en 1794 plus le Code noir. Le Code civil rétablit l'homme dans une position dominante, qu'il soit mari ou père.
Les libertés publiques… ne sont pas respectées ; suppression de la liberté de presse, seuls demeurent les titres officiels.
En ce qui concerne la souveraineté, néanmoins le suffrage universel est proclamé ; tous les hommes âgés de 25 ans.
Le système représentatif disparaît dans la pratique dans la mesure où les citoyens n'élisent plus. Ils désignent des candidats.
Sieyès invente le système des « listes de confiance » ce qui isole totalement les élus des électeurs.
A la base de la pyramide il y a les électeurs (7 000 000), ils établissent les listes de confiance (700 000), et désignent 1/10 de leurs membres au niveau départemental (70 000). 1/10 au niveau national (7000).
A partir de ces listes Bonaparte nomme les administrateurs.
Il maîtrise totalement l'organisation du pays.
Dans ce système seul Bonaparte peut se prévaloir d'une légitimité populaire, le suffrage est totalement maîtrisé.
La séparation des pouvoirs existe en apparence mais en réalité elle est totalement bafouée, c'est Bonaparte qui est vraiment au centre du pouvoir.
En fait il a même plus de pouvoir qu'un roi absolu.
- La notion de gouvernement
Il est dit à l'article 44 que le gouvernement propose les lois et fait les règlements nécessaires pour assurer leur exécution. Seul le gouvernement a l'initiative législative.
Trois Consuls, puis les Ministres, puis le Conseil d'Etat.
Les trois Consuls sont nommés pour 10 ans à partir de la Constitution ; Cambacérès, Bonaparte, Lebrun.
Cambacérès est un homme de la révolution, Lebrun est un homme de l'Ancien Régime, les deux hommes font le lien. Bonaparte est au-dessus.
Seul le Premier consul dispose du pouvoir réel, alors que les deux autres n'ont qu'une voix consultative.
Il a seul l'initiative des lois, il les promulgue (le législatif n'a pas l'initiative, il ne peut qu'accepter ou refuser ce que le gouvernement lui propose).
Pouvoir de nomination et de révocations ; ambassadeur, administrateur de l'armée, préfets, maire, commissaire du Parlement, tout le monde…
Il nomme sans pouvoir révoquer les juges.
C'est lui qui établi le budget qui est voté en bloc par les assemblées.
C'est lui qui dirige la diplomatie.
Police des esprits par Fouchet.
Il est le chef des armées.
Enfin, il a un pouvoir exorbitant en matière judiciaire. En cas de conspiration contre l'Etat (qui n'est pas définie bien sûr… alors une chanson, une caricature, etc.) le Premier Consul peut arrêter les gens pour 10 jours.
En 1802 il va avoir le droit de grâce.